Quentin Demoulière

Mon blog personnel

Un peu de militantisme ? Pourquoi pas ?

Rédigé par Quentin Demouliere - - 1 commentaire

Cela fait maintenant cinq ans que je suis devenu enseignant en informatique. Et je suis effaré par le fonctionnement de l'enseignement secondaire et supérieur en France concernant cette matière.

Les décisionnaires sont partis du principe que celle-ci serait en fait transversale à toutes les autres. Ce ne serait,  selon eux, qu'un outil aux services de la pédagogie et de la didactique. On ne peut nier la justesse de ce raisonnement qui est toutefois on ne peut plus réducteur. L'échec du B2I est là pour le prouver si besoin est.

Non l'informatique n'est pas qu'un outil, c'est aussi une science au même titre que les Mathématiques ou la Biologie. Et qui s'occupe de cet enseignement depuis l'école primaire jusqu'au lycée ? Les professeurs des écoles (pourquoi pas ? mais avec de vraies formations), les professeurs de technologies (matière fourre-tout) qui abordent déjà l'électronique, les machines outils, et tant d'autres choses, puis au lycée c'est le vide inter-sidéral. Seules les bonnes âmes autodidactes, les quelques enseignants économie-gestion option D (en Terminale), et les trop rares professeurs Technologies Informatiques et Multimédia dans l'enseignement agricole se collent à la tâche.

Pour nos élites, il est vraisemblable que l'informatique peut-être aborder et enseigner par n'importe quel professeur :

"Un professeur de Mathématiques, c'est parfait ! Et puis c'est bien connu, un matheux est forcément apte à enseigner l'informatique, ce sont des domaines proches !" 

"Non mais franchement pour enseigner Word, Excel, PowerPoint, vous croyez vraiment que l'on a besoin d'enseignants spécialisés ? N'importe qui peut le faire !"

Ces sempiternelles remarques sont des lieux communs que l'on entend partout et tout le temps. Mais êtes-vous sûr que l'informatique se borne à la bureautique ? Quid du Web 2.0, de la Netiquette, de l'utilisation raisonnée et pertinente d'un système d'exploitation ou des réseaux sociaux ? Quid également de la question des logiciels libres, des bases de données ? Et bien cela passe généralement à la trappe.

Certains se targuent de la nouvelle spécialité optionnelle "Informatique et Sciences du numérique" proposée en Terminale S. Mais qui va être amener à l'enseigner ? La plupart du temps, des enseignants de Mathématiques bien entendu ! Mais Pourquoi ?

La réponse est simple les rares concours de l'enseignement à l'éducation nationale en informatique sont à dominance économique ou électronique. Vous croyez rêver ? C'est pourtant la triste réalité. Le petit poucet "L'enseignement agricole publique" propose un vrai concours de recrutement d'enseignants en informatique mais celui-ci est fermé depuis trois ans maintenant. Alors que fait-on ?

"On fait avec les moyens du bord ! Si personne n'y met du sien, on ne peut avancer !"

Voici la rhétorique servie par certains responsables, cautionnée d'une certaine manière par tous les professeurs qui acceptent de rentrer dans ce jeu.

Et quand est-il de la gestion de l'informatique dans les établissements scolaires ? Là encore, vous ne me croiriez pas. Lorsque les collectivités territoriales ont les moyens, elles garantissent une certaine infogérance avec des techniciens dédiés à cette mission. Mais quand ce n'est pas le cas alors c'est le néant ! Quelques bonnes poires accepteront quelques heures de décharge ou quelques heures supplémentaires pour s'acquitter d'une tâche qu'ils ne maitrisent absolument pas.

L'éducation nationale recrute des techniciens audiovisuels dans ses établissements (pourquoi pas ?) mais pas de techniciens informatiques. On se croirait dans une mauvaise comédie ! L'informatique, qui occupe une place centrale dans le monde professionnel et personnel, ne trouve grâce aux yeux des têtes pensantes et dirigeantes de l'éducation nationale.

Quelles sont les conséquences de tout cela. En ce qui concerne les formations, beaucoup de jeunes se tournent vers des établissements privés qu'ils doivent payer à coup de milliers d'euros à l'année. Pour la partie technique, les établissements sont souvent gérés n'importe comment et tentent de garder la tête hors de l'eau.

Alors ma conclusion est simple, vous vous en doutez :

  • Il faut que de fortes décisions politiques soient prises  rapidement.
  • Il faut créer un vrai enseignement en informatique dispensé par des professeurs dont c'est la spécialité.
  • Il faut garantir un système d'information de qualité dans les établissements en les dotant des moyens humains, techniques et financiers nécessaires.
  • L'informatique est une science et ne peut-être enseignée par le premier autodidacte venu.

Mais il est évident qu'en ces temps de rigueur, ce discours n'est pas vraiment à la mode dans les hautes sphères. Ce n'est pas grave, je continuerai à militer et à dénoncer ce scandale invisible. Plus nous serons à le dénoncer, plus nous aurons de poids vis à vis des puissances politiques.

Debian and Unix Addict

1 commentaire

#1 KaySix a dit :

L'enseignement est un vaste sujet. Il ne s'est pas adapté aux évolutions des mœurs. :/

A quand une grosse refonte de l'éducation pour y insérer des matières plus proches de la réalité : informatique, anglais dès la maternelle, littérature plus proche des tendances actuelles, etc ?

En tout cas, tu as tout à fait raison, l'informatique devrait être une vraie matière dès (au moins) le collège avec un enseignant formé pour ça !

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